De l'inconfort à l'ancrage
Les premières réflexions d'une plongée dans un nouveau monde ✨
06/04/26
Lundi de Pâques, le soleil vient de se coucher, et cela fait déjà dix jours que j’ai posé les pieds dans cette maison, dans ce pays. C’est la première fois que j’ouvre mon ordinateur pour écrire. Comme si jusqu’ici, tout avait été trop. Certains proches me demandent comment je vais, j’ai un appel dans un peu moins d’une heure avec la famille, mais tout me semble bien trop vaste pour être correctement raconté. J’ai atterri dans une nouvelle vie, et je tente encore de trouver une façon d’y tracer mon chemin.
Mon corps et mon esprit le ressentent. Je dors relativement bien, et pourtant, la fatigue m’habite bien trop souvent. On dira que c’est la chaleur, peut-être même les médicaments pour la malaria que je prends chaque matin consciencieusement. Moi, je sais que c’est surtout l’accumulation de nouvelles informations et la constante adaptation dont je fais preuve pour rester opérationnelle.
Inconfort. C’est le mot qui m’est le plus revenu en tête lors de mes premiers jours ici.
Il y a l’inconfort physique. Il faut se réhabituer à la chaleur. La sueur qui colle au corps, les chevilles qui gonflent légèrement, la peau qui fait des boutons là elle était lisse. Laisser le système digestif s’adapter à une nourriture différente, accepter ces différences d’horaires de repas qui provoquent des sensations de faim. Apprendre à vivre avec le bruit, aussi. Les klaxons des voitures, trop nombreuses pour la route, celui de la pompe à eau dès que quelqu’un ouvre un robinet, les voisins qui crient dans la rue, les avions qui passent au-dessus de la maison. Mais aussi, les multiples oiseaux qui chantent, et, parfois, lorsque la nature décide de se faire entendre, le tonnerre qui gronde au milieu des éclairs.
Ensuite, l’inconfort matériel. Même si j’ai la chance d’être logée dans une très belle maison, avec tous les équipements nécessaires, ici, rien n’est acquis. Chaque jour, le courant est coupé, à un moment ou l’autre, et d’un coup, il faut revivre avec sa lampe de poche frontale et un bon bouquin. Le wifi est tout autant instable, me coupant parfois de longues heures de toute communication. L’eau, aussi, arrête de jaillir des robinets avec l’électricité, et ainsi, je retrouve ces habitudes mahoraises d’avoir toujours des récipients remplis en réserve. Elle est froide, aussi, l’eau, mais ça, cela me fait sourire, moi qui prend des douches froides le matin depuis presque deux ans maintenant. L’eau d’ici parait bien tiède et agréablement rafraichissante comparée à celle de la vallée d’Aspe en plein mois de janvier. Dans le fond, je n’ai jamais réellement repris pour acquis ce sans quoi j’ai appris à vivre à Mayotte, et c’est presque avec le sourire que j’accueille ces diverses coupures. Elles ont l’avantage de me rappeler à quel point ces éléments peuvent toujours nous être enlevés. Des millions de personnes à travers le monde vivent avec ce genre de restrictions, mais il est si facile de l’oublier lorsque cela a toujours été une évidence.
Et enfin, il y a l’inconfort émotionnel. Parce que comment trouver ses marques quand tout ce qui m’entoure est différent ? Il faut faire connaissance avec ces personnes qui vont devenir mon quotidien, mais il me parait si difficile de partager qui je suis en un instant. Je ne suis pas de ceux qui se dévoilent immédiatement et les vieux réflexes ne sont jamais loin. Alors, je tente de trouver comment être pleinement moi-même lorsque la tête est lourde et que le temps pour intégrer ce que je vis me manque. Je navigue dans mes premières journées ainsi, hésitante. Je réinscris mes petites routines, le yoga du matin, les carnets à remplir le soir, et elles se teintent d’une saveur différente. L’emplacement du tapis de yoga, la lumière orangée et étouffée que je guète à travers la fenêtre les matins, le marqueur doré acheté en dernière minute qui n’a pas exactement la même couleur que le précédent. La fatigue est mentale, aussi, parce que je passe mes journées à capter milles informations, à tenter d’intégrer comment on vit sur l’équateur. Le code de la route aléatoire, la façon dont les gens se saluent, être appelée « la blanche » à tout bout de champ, les nuages qui annoncent la pluie, l’agencement des maisons. Je pose peu de questions, et tente simplement de ressentir ce monde dans lequel j’ai atterri, consciente d’y marcher de façon maladroite.
Mais j’accueille cet inconfort avec un sourire. Je sais que c’était justement cela que j’étais venue chercher, ce bouleversement, cette perte de repères. Il serait facile de repenser au passé, à la petite vie paisible que j’ai laissée en arrière, et de pleurer le confort et la facilité qui m’entouraient à l’époque. Je ne le fais pourtant que très peu. J’accueille les émotions contraires, les doutes, la vie un peu moins équilibrée, avec une certaine facilité. Pendant des années, j’ai vécu si proche de tout ce que je pouvais ressentir, constamment à la merci d’émotions incontrôlables. Particulièrement en tant qu’hypersensible, et même si je doute du caractère scientifique de cette étiquette qui a néanmoins le bénéfice de permettre à beaucoup de gens d’apprendre à se connaître, il m’était naturel de vivre au gré de ce que je pouvais ressentir. Être triste, très fort, puis très joyeuse, pleurer pour un rien, et, toujours, vivre intensément ce qui passait dans mon corps et dans ma tête. Ces derniers mois, j’ai appris le détachement. Pas une coupure de ce qu’on peut ressentir, car pour rien au monde je ne voudrais aimer et rire moins intensément, mais une capacité à s’en détacher, momentanément, et prendre conscience de son caractère éphémère. Du fait que tout cela n’est au final, qu’une émotion, qu’un instant de vie, précieux, important à regarder, et pourtant, éphémère et vacillant.
12/04/26
Dimanche, et une journée de calme. Je suis installée sur le porche devant la maison de mon hôte, Afssat. J’aimerais vous dire que la vue est belle, et elle l’est en partie. Mais je déteste les murs en béton qui entourent ce jardin où trainent encore des blocs de bétons et un grand portail en fer qui me sépare de l’extérieur. En moi, l’immense culpabilité de rester coincée entre ces murs alors qu’il fait si beau. Elle est comme ça ma vie ici, pleine de petite frustrations qui me coupent si souvent de ma joie, mais je sais à quel point c’est le jeu. Je sais que tout cela est éphémère.
Je loge à Akanda, une extension de Libreville qui était autrefois forêt équatoriale, avant que les gabonais plutôt aisés y viennent construire plus de maisons, les louant parfois à d’autres moins aisés. Afssat m’a dit que lorsqu’elle y a construit son terrain, il y a dix ans, elle était seule au milieu des serpents et des oiseaux. Aujourd’hui, seuls quelques arbres verdoyants rappellent ce passé pourtant si proche. Je l’ai vue la semaine passée, la vraie forêt, celle qui rétrécit d’année en année, mangée par les routes et les constructions. Ces arbres majestueux aux mille propriétés, et la vie qui s’y cache encore, malgré la désertion des mammifères qui, les premiers, ont compris qu’il fallait fuir le plus loin possible de l’homme. Ou n’ont tout simplement pas survécu à la régression de leur habitat. Aujourd’hui, Akanda est une zone de vie humaine, avec ses magasins, ses routes, certes, parfois abimée, mais tout de même souvent bétonnées, et la circulation incessante d’un trop plein de voitures, seul moyen de transport pour se rendre dans le centre de Libreville. Il nous faut souvent une heure pour aller travailler. Parfois plus, parce que l’on doit s’arrêter pour nettoyer la voiture, bien trop régulièrement selon mon humble avis. Je n’ai jamais compris cette obsession des voitures propres, peut-être parce que je n’ai jamais eu de véhicule à moi. Souvent, Afssat me dépose au port Môle où elle travaille, dans le laboratoire de la Marine Marchande, et c’est son petit frère, reconverti en taxi man, qui m’emmène jusque Nzeng Ayong, le quartier où est situé le centre dans lequel j’effectue mon stage. On part vers 9h, j’arrive là-bas vers 10h30, et je regarde ce temps écoulé, perdu si ce n’est pour les conversations et le fait d’avoir pu observer l’océan au loin. Le retour du boulot est tout aussi aléatoire, souvent, les minutes se perdent dans les embouteillages, parfois, il s’agit d’aller acheter l’une ou l’autre chose, où de remettre un document à quelqu’un qui travaille quelque part en ville. Ces trajets en voiture sous la chaleur et en pleine ville ont tendance à me ramener épuisée et je peine à trouver l’émerveillement qui m’habite généralement lorsque je peux laisser quelqu’un me conduire et observer des paysages à travers la vitre. Ici, je ne vois que ces conducteurs qui roulent chacun selon leurs propres règles et s’invectivent les uns les autres, dans un vacarme souvent trop violent pour moi.
Je ne vais pas vous mentir, le Gabon que j’observe me rend parfois triste. Je sais que Libreville, et la catégorie de gens que je croise, n’est probablement pas représentative de toute la population, qu’il doit y avoir des réalités plus douces, ou en tout cas moins absurdes. Mais je ne m’attendais certainement pas à observer un tel désespoir dans le mode de vie des gens ici. Pas tant un désespoir matériel, celui-là, j’étais prête à le voir, et il ne m’aurait pas dérangé de la même manière. Les vies précaires, j’ai déjà pu les observer au cours de ma vie, elles forcent à l’humilité, elles sont souvent empruntes de sourires habilement mélangés à une souffrance physique qui forcent la petite privilégiée que je suis à se remettre en question. Non, ce que je ne m’attendais pas à trouver, c’est une telle invasion de tout ce que je considère comme les perversions de notre monde. Ce sont ces constructions immenses et pas encore achevée le long de l’océan, des tours luxueuses qui, certes, enverront ce message que ce pays est riche et moderne, mais à quel prix ? Et combien de temps tiendront-elles avant que la montée des eaux les fasse chavirer, grignotant un peu plus de terre encore que si les mangroves n’avaient pas été arrachées ? Le sentiment qu’ici, aussi, il est déjà trop tard. C’est peut-être une partie des gens que je rencontre en eux-mêmes qui me rendent la plus triste. Je les observe avoir la tête rivée sur le téléphone, à faire défiler des tiktoks, inlassablement. Même au boulot, il est d’une apparente normalité de se coucher sur les bancs de la salle d’attente et de regarder une vidéo dès qu’il n’y a plus de patient desquels s’occuper, et peu importe si à côté, il y aurait mille choses qui pourraient être faites. J’écoute Afssat me raconter la cupidité des gens qui l’entourent, la jalousie qu’ils éprouvent à la voir réussir, les bâtons dans les roues mis par ceux qui ont des postes de pouvoir et qui explique que tout est toujours si lent, si compliqué. Avec inquiétude, je réalise aussi ce patriarcat toujours si profondément ancré, car il retirerait le pouvoir des mains d’hommes incapables, et puis, la montée d’un nationalisme insensé où les gabonais seraient hiérarchisés selon leurs origines, alors même que, comme tant de lieux, ce pays n’est que métissage.
Je sais que le portrait que je dresse est un peu sombre, probablement caricatural. Je sais que se cachent ici d’autres beautés, et, au plus les jours passent, au plus je parviens à les guetter. Je souris alors. Derrière tous les non-sens qui sautent aux yeux, se cachent toujours entre ces êtres humains complexes, des instants de joie et d’amour.
Et avec tout cela, j’ai retrouvé l’océan, dimanche passé. Quelques heures passées à nager, et sentir, qu’enfin, je suis arrivée, que peu importe la tournure que prendra cette aventure, si je peux passer ce temps avec l’eau, tout ira bien. Alors, je l’ai longtemps admiré cet océan, heureuse de le savoir proche. Et pourtant, trop lointain à mon goût, car je dépends de mon hôte pour m’y rendre, comme pour tout. C’est peut-être toute la difficulté de cette aventure. Moi qui ait eu tant l’habitude de vivre selon moi-même, de n’attendre personne pour faire ce qui me fait vibrer, je me retrouve dans cette position où, pour tout, il me faut demander. Et déjà, j’ai réalisé que ce serait l’un de mes défis ici. Réapprendre à vivre en dépendant de l’autre, et être capable d’exprimer mes besoins et mes envies d’une manière apaisée. Me retrouver confrontée à cette partie de moi qui ne supporte pas de déranger et d’être un poids pour l’autre. Me rappeler l’enfant que j’ai été, incapable de dire quand quelque chose ne lui allait pas. Réaliser à quel point si je n’avais pas eu des parents à l’écoute et capables de souvent anticiper ce que je ne demandais pas, j’aurais pu manquer de beaucoup. Se rendre compte que ma solution à cette incapacité d’être avec l’autre a été de m’isoler, d’apprendre à prendre soin de moi-même et de subvenir toute seule à mes besoins, physiques et émotionnels. Devenir cette personne indépendante, capable de vivre par moi-même dans une maison d’un petit village pyrénéen, ou de voyager en solo avec un simple sac-à-dos, mais aussi de calmer ses doutes et ses chagrins seule avec ma musique et la nature. D’en tirer une force folle, une confiance en moi profonde, être désormais capable de m’écouter, me comprendre, pouvoir me définir et écouter mes propres envies. Tout ça, j’en suis profondément fière. Mais dans ce tourbillon d’apprentissages, il y a toujours des choses qu’on laisse de côté, et vivre avec Afssat me confronte à cela, à cette part de moi qui n’ose toujours pas demander de peur d’être trop, se refuse à bouleverser ce que l’autre a établi.
Et pourtant, je sais que je pourrais apporter quelque chose en étant pleinement qui je suis dans cette maison. Afssat est un humain à part, je l’ai compris dès le premier soir. De par son histoire de vie, sa force de caractère et sa capacité à vivre à contre-courant d’une société qui passe son temps à la juger. Elle a 48ans, et en fait dix de moins, vit seule dans une maison dont elle a géré toute la construction alors que son mari venait de décéder d’un cancer. N’a pas d’enfant, et refuse les avances de tout homme qui lui fait la cour, sans pour autant totalement abandonner son désir de maternité. A consacré sa vie à son travail, et les nombreux à-côtés pour lesquels elle travaille bénévolement, et notamment l’association avec laquelle je fais mon stage. Une femme qui dérangerait, déjà un peu chez nous, et qui dérange donc profondément les gabonais qui estiment encore qu’une femme n’a de valeur que mariée. Elle est à mes yeux une inspiration et un exemple pour toutes les petites filles qui l’ont rencontrée et qui sauront qu’elles peuvent réussir sans mariage et enfants. Et dans un même temps, en Afssat, j’observe aussi une grande colère envers tous ceux qui ne la comprennent pas, et l’épuisement qui atteint ceux qui consacrent leur vie à des causes plus grandes. Alors au quotidien, elle m’inspire autant qu’elle me prend de l’énergie en s’énervant sur tout ce qui ne roule pas rond autour d’elle. Si je ne peux qu’acquiescer, j’aimerais aussi pouvoir la voir trouver une paix intérieure qui lui permettrait de ne pas finir épuisée, chaque jour, sous le poids de tout ce qu’elle tente d’accomplir, souvent à contre-courant d’une société qui se refuse à voir les femmes jouir de leurs pleins droits en matière de santé et de sexualité.
J’en oublie presque de vous parler du boulot, du stage. C’est étrange pour moi, de ne plus travailler dans une atmosphère cadrée où le travail commence et se termine avec l’ouverture et la fermeture d’une officine. J’y trouve une certaine motivation, car il y a mille choses à faire, que ce soit au niveau du centre de santé, ou avec l’association, y compris des éléments qui pourront avoir un impact important au niveau local et national. Et dans un même temps, tout est nouveau pour moi, et j’ai conscience que mon passage est éphémère, que le gros défi résidera dans le fait de rendre mes actions pérennes. Souvent, je doute, et puis, je trouve des solutions. J’apprécie le fait de faire autre chose que ce que j’ai toujours fait, j’apprécie les moments où j’apprends, et un peu moins ceux que je passe isolée derrière un tableau Excel. Mobiliser les autres personnes travaillant dans le centre est compliqué, mais je souris quand je parviens à les emmener dans mes idées. Et je me dis qu’on verra, que ce stage est une expérience parmi d’autres, et que lorsque je rentrerai, j’aurai à nouveau la liberté de tout réinventer.
15/04/26
Je savoure le calme qui revient doucement après une période émotionnelle agitée. Parfois ce sont les nouvelles du lointain qui déstabilisent, les épreuves traversées par les être aimés, et cette implacable distance qui me rend impuissante. Durant quelques jours, il m’a été difficile de m’ancrer dans ce lieu que je viens tout juste de découvrir, dans lequel je n’ai pas encore tout à fait trouvé mes repères. Où aller pleurer et tenter de méditer lorsqu’il n’y a pas le gave d’Aspe ou le bois de Lauzelle pour accueillir les émotions qui doivent sortir ?
À défaut d’avoir trouvé un endroit où m’isoler seule au milieu de la nature, j’ai réalisé que la réponse était peut-être tout près de moi. Ainsi, je ne vais pas plus loin que la balustrade de la terrasse, sur laquelle je grimpe et m’installe en équilibre. Évidemment que le dehors m’attire, mais ici, je sais que je peux respirer en toute sécurité, et j’ai une hauteur suffisante pour observer le ciel. Je peux ainsi admirer le jour se coucher, le ciel se teinter d’orange. Me rappeler ce spectacle que la vie offre pratiquement tous les jours et qui n’en reste pas moins à chaque fois unique. L’ombre des cocotiers qui bordent la route entre les fils électriques. Les oiseaux qui passent de l’un à l’autre dans un moment de beauté si précieux à saisir. Et puis, il y a les nuages qui se teintent de couleurs orangées, parfois roses, tout en effectuant leur valse. Avec moi, j’ai souvent un livre, toujours un carnet, mais il ne me faut que de la musique dans les oreilles pour passer plus d’une heure à regarder les couleurs subtilement changer alors que le jour tire peu à peu sa révérence. En un rien de temps, il fait sombre et déjà, les étoiles teintent le ciel. Hier soir, Afssat m’a rejoint dehors alors que le courant venait de se couper. On a discuté ainsi, sous la lumière des lampes solaires, parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que d’attendre que ce dernier revienne. C’était doux.
C’est avec le ciel que je m’ancre dans le présent, dans ce nouveau monde où je suis une étrangère qui tente de trouver ses marques. Même la journée, je guètes les nuages et leurs formes particulières. J’aime ceux qui annoncent la pluie, qui parfois même grondent et s’éclairent au loin. Petit à petit, j’apprends à lâcher mes barrières et commence à comprendre la façon dont le temps s’écoule ici. Je trouve de plus en plus de joie dans les trajets en voiture maintenant que je les considère comme une aventure à part entière, d’où peuvent émerger une discussion agréable et des arrêts imprévus qui me font découvrir des quartiers dont les noms s’effacent de ma tête aussitôt qu’on me les ai indiqués. J’accepte les conversations qui ne vont pas au but mais qui, comme les taxis, font des détours surprenants. Je ne sursaute plus mais souris désormais lorsque les gens m’apostrophent dans la rue. J’ai retenu à quel moment de la journée je devais aérer ma chambre et allumer la clim, ai de moins en moins du mal à comprendre lorsque quelqu’un parle vite, et je reconnais désormais la dizaine de stagiaires qui passent leur matinée au centre. Petit à petit, mon nouveau quotidien se tisse, et j’accepte de ne pouvoir le contrôler totalement, qu’il y a une certaine saveur à le laisser s’écrire au gré d’imprévus. J’intègre les prénoms de ces visages qui deviennent mon entourage, et savoure lorsque les rires émergent. Et le soir, lorsque je retrouve cette chambre où j’ai pris la peine de coller quelques photos et dessins comme je le fais partout, je souris d’avoir de plus en plus de facilité à remplir ce carnet de reconnaissance où j’ai pris l’habitude de noter quelques petits évènements qui m’ont fait sourire durant la journée. Je me rappelle qu’il ne sert à rien de vouloir modeler l’aventure que je suis en train de vivre, qu’elle n’aura pas plus la folle cadence de Mayotte que la douceur des Pyrénées, mais qu’elle se teintera d’une saveur propre, et que la plus belle chose que je puisse y faire est de m’y ancrer, pleinement.








Tu sais, ce qui est beau, c'est qu'on prend plaisir à lire ta newsletter, parce que la nouveauté, c'est beau, ce sont des expériences de vie...Ça me fait penser à cette célèbre citation de l'écrivain et voyageur suisse Nicolas Bouvier : << Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C'est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste, c'est du patinage. Ou du tourisme. >> Merci pour ce que tu partages et pour ta vulnérabilité, Pauline 🦋🙏
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